Alors que nous traversons la troisième canicule de l’été, force est de constater que ces épisodes de chaleur extrême à répétition pèsent sur l’ensemble des vivants. Bien au-delà des sociétés humaines, tous les écosystèmes et toutes les espèces souffrent gravement des dérèglements climatiques.
Le climat et la biodiversité sont souvent pensés de manière séparée. D’un côté, l’on se préoccupe de l’augmentation des gaz à effet de serre, et de l’autre de “l’environnement” et de la biodiversité. La biodiversité désigne la variété des formes de vie sur la Terre. Bien qu’elle ait moins souvent fait l’objet de mobilisations d’ampleur comme les mouvements pour le climat, celle-ci est primordiale pour garantir “la résilience des systèmes naturels et humains”, pour reprendre les termes du Plan climat vaudois 2e génération. L’Académie suisse des sciences naturelles l’affirme : “La biodiversité est vitale. Elle est fondamentale pour avoir de l’eau propre, des sols fertiles, réguler le climat, pour la santé, la protection contre les dangers naturels – et pour notre qualité de vie.” Au-delà des services qu’elle fournit (services écosystémiques), la biodiversité renvoie à des multitudes d’êtres vivants avec lesquels l’espèce humaine cohabite.
La biodiversité est mise sous pression, notamment en Suisse. Selon l’OFEV, ⅓ des espèces évaluées sont considérées comme menacées ou déjà éteintes. Pas moins de 245 espèces ont déjà disparu en Suisse, et près de la moitié des types de milieux naturels sont menacés. Les pressions exercées proviennent de causes multiples, notamment l’expansion des zones urbaines et des infrastructures, ainsi que l’intensification de l’agriculture, caractérisée par une exploitation intensive des sols et des apports d’azote et de produits phytosanitaires. Par ailleurs, le morcellement du paysage contribue directement à la fragmentation et à la disparition des milieux naturels.
LE CHANGEMENT CLIMATIQUE EST UNE PRESSION SUR LA BIODIVERSITÉ
Les changements climatiques affectent « à tous les niveaux la biodiversité (répartition et richesse des espèces, diversité génétique ou diversité des milieux) », comme on peut le lire dans le Plan climat vaudois. En effet, la chaleur extrême perturbe les cycles biologiques fondamentaux, tels que la reproduction et la migration, créant un décalage entre les besoins des espèces et les ressources disponibles. Comme le souligne Pro Natura, “les températures plus élevées, les étés plus secs et les régimes pluviométriques différents ont un impact profond sur les habitats et les espèces – des espèces qui se sont spécialisées aux conditions dominantes sur des milliers d’années.” Par exemple, les jeunes martinets se jettent dans le vide pour échapper à la chaleur de leur nid pouvant atteindre les 60°C avant même de savoir voler. Les canicules provoquent donc des mortalités massives et directes chez de nombreuses espèces qui ne parviennent pas à s’adapter assez vite à la hausse brutale des températures.
Cette pression climatique est particulièrement tangible dans le canton de Vaud, par exemple avec les perturbations de l’équilibre du lac Léman. La hausse moyenne de la température de l’eau diminue la teneur en oxygène, ce qui soumet les organismes aquatiques à un stress intense. Les zooplanctons, maillon fondamental de la chaîne alimentaire, sont en diminution, tout comme le corégone (féra) dont l’habitat est rendu précaire dans les couches profondes du lac. Alors que le renouvellement des eaux profondes est indispensable pour y apporter de l’oxygène, cela fait 14 ans qu’un brassage vertical complet des eaux du Léman n’a pas eu lieu, alors qu’il avait lieu en moyenne toutes les 1 à 3 ans avant les années 1980. Ainsi, de nombreuses espèces aquatiques sont directement menacées par les hausses record des températures du lac causées par le réchauffement climatique.

Alors que les rivières et cours d’eau sont asséchés par les vagues de chaleur à répétition, faudra-t-il y injecter artificiellement de l’eau potable — comme cela se fait régulièrement dans la Drize (canton de Genève) — pour maintenir les populations piscicoles en vie ? Ces mesures d’urgence, aussi nécessaires soient-elles, ne permettront pas à inverser les trajectoires climatiques actuelles. L’étude Climat CH2025 indique qu’un monde à 2°C serait atteint en 2050 avec les mesures actuelles et prévues (SSP2–4.5) et que le monde se dirige vers une augmentation d’environ 3°C d’ici 2100. De telles trajectoires entraîneront une augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur extrêmes. Nous savons que chaque dixième de degré de réchauffement aura des répercussions considérables sur toutes les vies.
UN CLIMAT STABLE COMME SOCLE VITAL
Toutes les espèces dépendent d’un climat stable. Comme le souligne le Plan climat, les ressources naturelles — dont la biodiversité — sont bel et bien le socle de notre existence. Préserver les conditions de vie de la biodiversité revient aussi à lutter pour un climat stable permettant à toutes les espèces de vivre et de s’épanouir. C’est pourquoi il est question d’aborder conjointement le changement climatique et la perte de la biodiversité. Selon l’Académie suisse des sciences naturelles :
“Le changement climatique et la perte de la biodiversité sont une menace pour l’humanité. Or ces deux crises majeures sont liées. Elles se renforcent mutuellement et doivent donc être traitées conjointement. Pour cela, il convient d’agir sur tous les fronts de façon coordonnée et d’adopter des modes d’action et de pensée résolument systémique. Les mesures prises en faveur du climat et de la biodiversité peuvent s’épauler mutuellement”.
Si le climat et la biodiversité sont souvent considérés comme deux limites planétaires et deux combats distincts, ils doivent pourtant être pensés conjointement. Elles sont les deux faces d’un même enjeu : celui du maintien de conditions de vie habitables pour l’ensemble des vivants.
Objectif Climat Vaud est une coalition d’organisations mobilisées pour la protection du climat et de la biodiversité dans une approche de transition juste. Nous assurons un suivi citoyen de la politique climatique vaudoise et nous mobilisons pour renforcer et accélérer les mesures.





